Comme chaque année, Émile ressortait son vieil harmonica, pour célébrer, le solstice d'été, jour le plus long de l'année. Un rituel qu'il avait commencé le 21 juin 1983. Cette année, Émile trouva
un emplacement à la croisée d'un carrefour, qui lui sembla propice, à une expression musicale des plus créatrices. Muni de son harmonica « spécial 20 », il entama un Chicago blues de Muddy Waters
de derrière les fagots, qui fit sensation, parmi les trois badauds agglutinés autour de lui, qui tapaient du pied et claquaient des doigts. Jusqu'à ce que, son chant fut submergé par le son
tonitruant d'un DJ mobile effronté, armé de sa grosse sono, venu se garer à ses côtés. Malgré ses vociférations de loup hurlant, malgré ses égosillements de coq en rut, son blues rebelle ne
parvenait pas aux oreilles des trois auditeurs présents, qui ne furent plus qu'un, au demeurant, à entendre ses braillements plaintifs paroxysmiques. Les hanches métalliques vibraient péniblement
et ses cordes vocales, mises à rudes épreuves, ne purent assurer d'avantage leur pouvoir mélodieux, à son grand désarroi. Il rengaina son harmonica, fusilla du regard le DJ irrespectueux et plia
bagages tout en maugréant. Cette mésaventure lui inspira une création qu'il publia
ici.
Par Emile Zona
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