Perché sur son plongeoir, Émile s’apprêtait à faire le saut de l’ange. Il avait profité de cette belle journée ensoleillée de Pentecôte, pour se rendre à la piscine municipale. Par 3 bonds
successifs sur la planche, il prit son envol, tel le saint esprit, les bras en croix, le corps cambré, hyperbole d’un mouvement sublime éphémère, s’élevant vers les cieux, cherchant une issue vers
le sommet, vers la liberté suprême inaccessible, joignant ses bras au dessus de sa tête, pour transpercer tel un javelot la surface bleutée de l’eau chlorée. Émile, sculpture vivante, incarnation
divine de l’art par essence, en osmose avec l’air, la lumière et l’eau, venait de s’estourbir le flanc gauche du visage, en frappant la surface de l’eau. Le pavillon de l'oreille
externe était douloureux et des acouphènes marins avec des cris de mouettes affamées survolant un chalutier avaient fait leurs apparitions, ce qui était auditivement gênant et au demeurant, assez
insolite, dans une piscine couverte.
Par Emile Zona
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