Mardi 17 novembre 2009
Sans respirer, entre deux battements de cœur, pour minimiser le moindre tremblement, Émile déposa, avec délicatesse les pigments colorés, sur sa sculpture miniature, à l’aide d’un poil de mouche. Une fois le pépin de raisin peint, il le plaça minutieusement sur un rond de satin, qu’il déposa dans un écrin, fabriqué par ses soins avec une coquille de noisette.
Il décida, d’offrir cette œuvre microscopique, représentant "Le Déjeuner sur l'herbe"d'Édouard Manet, à sa voisine Alexandrine, afin de lui signifier, l’incommensurable amour, qu’il éprouvait pour elle. Il profita de l'occasion, lors d’une consultation, de leur boîte aux lettres respective, pour lui remettre le précieux écrin.Elle adorait les noisettes et manifesta une joie certaine devant ce présent inattendu. Soudain, elle s’empressa de prendre la noisette, de la casser entre ses dents, afin d’en sortir le fruit convoité. Puis elle recracha les morceaux de coquille, en exprimant sa tristesse face à cette coquille vide de contenu.Emile, entre deux déglutitions douloureuses, partagea sa tristesse et lui promit d’autres noisettes, à son grand dam.
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Samedi 7 novembre 2009
Emile observait cette mince frontière, définie par l’eau à l’intérieur de la goutte d’eau et l’air extérieur. Une frontière composée de molécules, régie par une force mystérieuse. Une force capable d’engendrer une sphère afin que cette frontière soit la plus petite possible. Une force semblable à celle qui pousse les pingouins sur la banquise à se serrer les uns contre les autres, en cercle, afin qu’il y ait le moins possible de pingouins en contact avec le vent polaire glacé. Une force ancrée dans notre mémoire. Emile déposa une goutte d’eau, sur une feuille de  papier, qui une fois sèche, laissa apparaître, cette mince frontière moléculaire, comme des petits pingouins microscopiques, blottis en rond. Il les prit en photo ici.
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Mercredi 4 novembre 2009
Cette fleur de pissenlit qui orne le blog d’Emile est dédiée au grand anthropologue, Claude Levi-Strauss, père du structuralisme, car, c’est en observant la structure élaborée de la fleur de pissenlit, que Claude Levi-Strauss, s'est consacré à l’étude de nos sociétés, à leurs composantes combinatoires, aux partitions qui les font vibrer, à l'exploration des mécanismes cachés de la culture et aux structures qui les engendrent, outre la volonté des protagonistes et de leurs savoirs. Aussi, en hommage au grand homme, Emile souffla sur une fleur de pissenlit
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Mercredi 28 octobre 2009
Ce jour-là, Émile venait de manifester son "conatus" en toute béatitude , cette conception spinoziste de la joie, qui avait exhortée la production d’une nouvelle œuvre artistique. Une œuvre au concept abouti, digne d’être publiée sur son journal, à son humble avis. Communiquer avec le monde en utilisant l’art, générait plus d’impact émotionnel et encourageait l‘échange relationnel, pensait Émile.
L’art permet-il à l’homme de se cacher du monde à travers les images, ou, au contraire, à s’intégrer au monde par les images?
Émile aimait se poser ce genre de question ontologique, lorsqu’il lisait le catalogue recyclé de «nature et découverte», d’un derrière distrait, aux toilettes...
Il publia son œuvre nombriliste ici.
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Mercredi 14 octobre 2009
Une condensation naturelle maculait la vitre du masque et un fumet nauséabond, flottait à l’intérieur de l’habitacle facial. Émile effectuait son baptême de plongée, dans une piscine d’eau de mer où il tentait d’observer le fond marin sablé et étoilé. S’il était ravi de respirer sous l’eau en toute sécurité, grâce à sa bouteille de nitrox, cette odeur âcre qui taquinait ses narines, le dérangeait fortement, comme si des bactéries pathogènes s’étaient développées dans les joints du masque, polluant malencontreusement l'air restreint de cet exigu espace. Emile prit son mal en patience, faute de système de récupération des condensats et lorsqu’il ôta son masque de plongée, à sa sortie de l’eau, son soulagement fut grand . Il constata avec surprise qu’un jeune encornet, en état de décomposition avancée, s’était glissé, Dieu sait comment, dans la fosse nasale du masque, lors de la plongée. Quel idiot cet encornet! Pensa Emile.
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Mardi 6 octobre 2009
Émile avait bien suivi les conseils de maître Kyudo. Ses pieds étaient bien enracinés, sa posture bien affermie, sa vigilance en éveil, son arc érigé (comme une pousse de bambou dans un rouleau de printemps), sa force dans les coudes bien répartie. Il faisait corps avec l’instrument tendu, l’ esprit d’Émile était concentré pour élever son ego vers la cible avec un maximum d’énergie. Cette puissante extension dynamique provoqua le départ de la flèche, qui fusa tel un missile dans le ciel, en direction d’un vénérable Camphrier de Kamouhachima bicentenaire où se tenait perchée une blanche colombe, qui tomba de sa branche sous l‘impact du projectile, au grand dam d’Émile, qui grimaça de douleur, tant la corde de l’arc avait mâché son avant bras.
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Mardi 29 septembre 2009
Les tournesols n’avaient pas supporté le voyage, le bouquet jauni, flétri, recouvrait la main d’Emile, tel un balai mop à franges des années 70. Face à l’impossibilité de passer au plan B, car il était trop tard pour acheter des chocolats, il envisagea le plan C, qui consistait à récupérer le bouquet de roses séchées, entreposé dans son grenier. Il grimpa les échelons, quatre à quatre, soit en trois enjambées et parvint avec diligence à saisir le bouquet séché. Avec célérité, il s’empressa de rendre visite à Alexandrine sa voisine, où il était invité à diner. Lorsqu’elle ouvrit la porte, Alexandrine ne put s’empêcher de prendre Emile dans ses bras, tant elle était ravie de sa présence. Emile constata avec surprise que les roses séchées étaient vraiment très sèches, car celles-ci se réduisirent en poussières, lors de l’accolade. Emile, avec ses tiges de roses à la main, était quelque peu décontenancé face aux invités présents.
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Lundi 21 septembre 2009
Trouver un ressort pour sa montre de gousset, acquise lors d’un marché aux puces, fut une rude épreuve. Aussi, lorsqu’il libéra l’énergie stockée dans le ressort spiral et que celui-ci se détendit lentement pour actionner l’oscillateur mécanique, qui mit en mouvement la série de rouages, régulée par une “ancre”, aux“palettes” libératrices, Emile ne put retenir un cri de satisfaction. Les dents de la roue d'échappement cliquaient par à-coups réguliers, tels des battements cardiaques, constituants une mesure rythmée de l’écoulement du temps. Alors que sa montre de gousset en léthargie, revenait à la vie et que ces yeux brillaient d’émotion, la masse oscillante, actionnée violemment, vint frapper le " butoir ". Il se produisit alors un choc qui aida les vis insuffisamment bloquées à se dévisser, celles-ci impactèrent les joues d' Emile et fusèrent dans la pièce, comme une mini-bombe à retardement, à sa grande stupeur.
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Mardi 15 septembre 2009
Une invention si pratique, laissée en désuétude, consternait Emile, aussi, lorsque les braguettes à fermeture éclair sur les jeans réapparurent sur le marché, il fut ravi. Cette mode des boutons, était vraiment une gabegie et il était temps que cela cesse. Cependant, s’il appréciait la rapidité de l’éclair, il déplorait cette mode des slips taille-basse, qui laissaient apparaître la toison pubienne au risque de la coincer. Lorsqu’Emile remonta la fermeture éclair de son nouveau jean fraîchement acquis, il ne prit pas en compte le port d’un slip taille basse. Le cri du butor en rut s’échappa de la cabine d’essayage, suivis de quelques gémissements de pécari blessé, à la grande surprise des deux vendeuses qui sursautèrent.
Par Emile Zona
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Mardi 8 septembre 2009
Emile tenait dans sa paume le galet « idéal » pour faire un ricochet. Même si, en principe, tout objet projeté à l’interface entre deux milieux de propriétés différentes peut ricocher. Par exemple, une navette spaciale pénétrant l’atmosphère d’une planète peut rebondir et se retrouver projetée dans l’espace. Les plongeurs aussi, peuvent ricocher, s’ils ne prennent pas garde d’arriver le plus verticalement possible, Emile a pu le verifier un jour... La Royal Navy avait remarqué que les boulets de canon rebondissaient parfois sur l'eau, augmentant ainsi leur portée, c‘est grâce à cette observation que Barnes Wallis, mit au point sa bombe rebondissante durant la seconde guerre mondiale… Le bon angle et la bonne vitesse tel était le secret pour réussir un bon ricochet. Emile adopta une élégante position de lanceur, à l’instar de Kurt Steiner ( champion du monde avec 40 rebonds), il fit deux pas en arrière pour prendre son élan, d’un geste souple mais franc, il lança le galet à la surface du lac, qui transperça l’eau, tel une amorce à la purée de sardines projetée avec un lance pierre. A sa grande stupéfaction, aucun ricochet ne se produisit. Sa voisine Alexandrine, qui passait par là, échappa un rire…
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Dimanche 30 août 2009
 Pour donner à son œuvre son pouvoir d’exclusivité artistique, Émile avait choisi de fabriquer son propre papier. Il laissa reposer, toute une nuit durant, dans un récipient d’eau chaude, une grosse poignée de cellulose déchirée en petits morceaux, légèrement teintée de terre de Sienne brûlée contenant 48 % d'oxide de fer rouge, ramenée de Toscane par son oncle baroudeur Arénophile. La pâte reposée avait pris une consistance soyeuse idéale, pour réaliser un excellent papier. Tout en broyant la mixture, il savourait d’avance, l’instant magique où les pigments colorés de ses aquarelles, imprégneraient le divin papier. Quand soudain, contre tout entendement, ce satané mixeur électrique, qui broyait la pâte en toute sérénité, s’emballa comme une girouette en plein mistral. La pâte à papier gicla dans tous les sens, macula tout l’atelier et aveugla Émile, qui balbutia entre deux crachats un borborygme que lui seul comprit. Il utilisa tout de même une partie de son œuvre qu’il intitula Pâton nombriliste, (en hommage au général Patton, grand éclabousseur historique s’il en est).
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Mardi 25 août 2009
Cette virée en mer de plusieurs semaines, avait transformé le cerveau d’Emile en éponge marine, ses connections neuronales étaient en bas débit et il bullait devant son ordinateur tel un mollusque bivalve métazoaire, triploblastique, cœlomate. S’il bravait encore les océans, contre vents et marées, tel un jeune et vigoureux matelot, le « brise-lames de la vie » avait buriné sur son front les sillages du temps et son cortex cérébral spongieux n’était plus aussi alerte que jadis. Aussi, lorsqu’il consulta sa messagerie électronique, une bulle de salive se gonfla sur sa bouche bée, des braves et courageux internautes aoûtiens, étaient restés sur leur ordinateur en plein soleil et avaient eu la louable initiative de lui rendre visite. Rien de tel que de recevoir de sympathiques messages pour se remettre dans le bain.
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Mercredi 29 juillet 2009
Emile savourait la fraîcheur souterraine, de la grotte des demoiselles, les stalactites imposaient leur présence majestueuse et leurs gouttes à gouttes incessants procuraient une sérénité des plus relaxante. Lorsqu’il était à la surface, Emile tirait la langue afin de ventiler tant bien que mal son organisme, sans véritable succès. Il faisait un temps de chien en cette période de canicule, du latin canicula, petite chienne, alors qu’en grec, le chien se dit κύων (kiôn) et que l'équivalent de canicule se dit καύσωνας (Kavsônas), ce qui n’a rien à voir avec le domaine canin, comme aimait le souligner son professeur de sirtaki, Maître Ouzo, dont Emile se remémorait l’enseignement linguistique, entre deux dégustations d’olives. Aussi, en cette période caniculaire, seules ses sorties spéléologiques et la fraîcheur du soir lui apportaient un peu de répit. Ce soir-là, lorsqu’ il observa, allongé sur son transat, "Sirius", l'étoile la plus brillante du ciel, après ce satané Soleil, bien entendu, il éternua. Il avait pris froid sous terre, à sa grande surprise.
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Lundi 20 juillet 2009
Les cirrus vertebratus, qui parsemaient le ciel, annonçaient une météo clémente.Debout sur son surf, enduit de crème solaire, Émile était paré pour jouir au maximum de l'onde de gravité des rouleaux marins. Un fech suffisamment distant augurait des vagues conséquentes et il savourait d'avance, d'un coup de langue sur sa lèvre inférieure salée, la joie de surfer . Émile savait qu'une vague scélérate telle que la décrivait Simon de Murville, n'était pas un racontar de marin. Les capteurs de houle de la plate-forme pétrolière Draupner, l'ont bel et bien prouvé. Aussi, c'est avec une appréhension mêlée d'excitation, qu'il aperçut à l'horizon, une vague de plusieurs mètres, au moins deux, peut être même trois à vue d'œil. Œil qui commençait, sous les rayons dardés du soleil, des embruns marins salés et de la crème solaire dégoulinante, à piquer sérieusement, jusqu‘à l‘aveuglement. Émile fut surpris par l'impact de cette vague qui le submergea sans crier gare, qui le roula dans le sable, qui le mixa à vau-l'eau, qui lui frictionna les côtes et le postérieur. Il fut surpris, aussi, de voir ces myriades d'étoiles briller au fond de l'océan et tout autour de lui lorsqu'il se releva sonné, au bord de la plage.
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Mardi 14 juillet 2009
Emile avait fuit l’effervescent bouillon de la ville. Muni de sa batée, il orpaillait les alluvions aurifères de la rivière, pour en extraire les paillettes et pépites d'or. Il pensait à Alexandrine sa voisine, avec laquelle il aurait pu partager ce moment de fraîche sérénité, si les aléas de la vie avaient tourné en sa faveur. Emile se remémorait le chant 37 du Kalevala, que lui chantait sa nourrice Ougro-finnoise. Ce fameux chant mythologique, où, Ilmarinen le forgeron, en souvenir de sa défunte femme, se fabriqua une femme en or massif, d’une douceur et d’une sensualité exquises, qui hélas, demeura inerte et ne remplaça jamais l’originale. C’est dans ce fameux chant que, Väinämöinen met en garde la jeunesse de ne pas s'avilir devant l'or. Aussi, Emile offrira l’or récolté, à la belle Alexandrine, en guise de présent, faute d’avoir le talent d’Ilmarinen, capable de forger toute sorte d’objet et notamment une femme d'argent, pour son ami Ukko, trop affairé, pour se chercher une épouse. Soudain, un liseré de paillettes doré, brilla dans son assiette, il se releva en poussant un cri, son dos douloureux courbé et rôti par le soleil avait été la cible de taons voraces et virulents qui lui firent lâcher sa batée, à son grand désarroi.
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