Emile transpirait à grosses gouttes. La chaleur qui s’abattait sur la ville s’élevait maintenant à plus de 35 degrés.
Les seuls mouvements qu’il s’accordait, étaient ceux qu’il devait faire pour boire un peu d’eau fraîche, préservée dans sa berrada en faïence, cette gargoulette offerte par son oncle bicariophile
baroudeur qu’il ramena de son voyage à Fez, semblable à celle du peintre Eugène Delacroix. Comme un coq qui lève le bec pour chanter, Emile bascula la tête en arrière pour se désaltérer, tout en
observant l’état du ciel, un ciel sans nuage, d’un bleu profond. Il n’était pas de ceux qui vénèrent le soleil, il n’était pas de ces êtres au sang froid capables de lézarder des heures en plein
cagnard, tel ce satané pigeon biset, posé sur la gouttière, qui impacta son front de fiente colombine glauque et nauséabonde.
Par Emile Zona
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Rares étaient ces moments où Émile se suffisait à lui-même, comme si le monde extérieur qui l’entourait était une simple représentation de son subconscient et que le seul fondement de la réalité
était sa conscience d’être unique, la conséquence d’un idéal extrême très nombriliste, à la limite du solipsisme tel que le décrivait le médecin Claude Brunet. Ces pensées s’évaporèrent lorsqu’il
entrevit par la fenêtre, Alexandrine sa voisine, sublimée par un rayon de soleil, vénus conchicole à la beauté transcendante, surgie d‘un tableau de Botticelli. Naquît alors en son âme, un
indicible désir, outrepassant les bornes de son ego, un désir qui concevait dans cette apparition fantasmagorique, à la beauté ineffable, une osmose fusionnelle déroutante et son possible
« alter ego ». Il partit à sa rencontre, sûr de sa vérité, bondissant dans l’escalier, tel un pécari touché par la grâce. Pour arriver devant elle, haletant… en slip.
Dans sa précipitation, Emile avait omis d’enfiler un pantalon., ce qui ne fut pas du meilleur effet, à son grand dam.
Par Emile Zona
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Comme chaque année, Émile ressortait son vieil harmonica, pour célébrer, le solstice d'été, jour le plus long de l'année. Un rituel qu'il avait commencé le 21 juin 1983. Cette année, Émile trouva
un emplacement à la croisée d'un carrefour, qui lui sembla propice, à une expression musicale des plus créatrices. Muni de son harmonica « spécial 20 », il entama un Chicago blues de Muddy Waters
de derrière les fagots, qui fit sensation, parmi les trois badauds agglutinés autour de lui, qui tapaient du pied et claquaient des doigts. Jusqu'à ce que, son chant fut submergé par le son
tonitruant d'un DJ mobile effronté, armé de sa grosse sono, venu se garer à ses côtés. Malgré ses vociférations de loup hurlant, malgré ses égosillements de coq en rut, son blues rebelle ne
parvenait pas aux oreilles des trois auditeurs présents, qui ne furent plus qu'un, au demeurant, à entendre ses braillements plaintifs paroxysmiques. Les hanches métalliques vibraient péniblement
et ses cordes vocales, mises à rudes épreuves, ne purent assurer d'avantage leur pouvoir mélodieux, à son grand désarroi. Il rengaina son harmonica, fusilla du regard le DJ irrespectueux et plia
bagages tout en maugréant. Cette mésaventure lui inspira une création qu'il publia
ici.
Par Emile Zona
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Émile admirait son "Thysania agrippina" , ce papillon rare, offert par son oncle lépidoptérophile baroudeur et capturé à Rio Grande do sul, doté d'une envergure d'ailes avoisinant les 30 cm, mis
sous vitrine, bordé d'acajou et accroché au mur du salon, jouxtant un "attacus atlas" tout aussi impressionnant. Émile tenait à montrer ces beautés de la nature à sa voisine Alexandrine, qu'il
invita pour l' occasion, à une petite collation. Elle fut ravie de déguster en sa compagnie, les délicieuses madeleines à peine brûlées et pratiquement pas bourratives, qu'il avait faites avec
amour, agrémentées d'un délicieux thé de Chine au parfum envoûtant. Une ambiance suave, se dessinait, dans les volutes du thé brûlant, des rires fusaient, les yeux brillaient, quand, soudain, elle
aperçut les « bestioles » placardées. Un morceau de madeleine vint obstruer le larynx de la belle Alexandrine, qui s'étouffait sous les yeux médusés d'Émile. Il eut le réflexe salvateur, de lui
taper prestement dans le dos. Le bout de madeleine, tel un projectile de fusil à pompe, jaillit du gosier d'Alexandrine et se colla sur le Thysania agrippina, en éclaboussant en deux gerbes ailées,
ce qui curieusement, avaient l'allure d'un "Satyrus arethusa", à la grande surprise d'Emile.
Par Emile Zona
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En confectionnant son nœud de cravate, Émile se remémorait, le jour où, à bord de son "optimist", le moussaillon qu‘il était, dirigeait contre vents et marées, grâce aux deux drisses, la voile
aurique, gonflée par la brise. Le bateau avec le vent en poupe, fusait sur l'eau, tel l'hydroglisseur de « Mon ami Ben (
Gentle Ben) », jusqu'au moment où, contre toute attente, le drame se produisit: la corde se rompit et la frêle
embarcation partit au large, dans le ressac des vagues et les tourbillons d'écume, la voile en drapeau et les embrums marins dans les yeux. Malgré la peur qui le tenaillait, il assembla les deux
morceaux de drisses, fit un nœud de carrick, en serrant les dents. La voile se gonfla à nouveau, Emile vira de bord avec une bravoure étonnante et regagna la rive avec brio . Émile soupirait
d'émotion devant son miroir, il transpirait et son teint était écarlate, lorsqu'il remarqua que son nœud de cravate n'était pas un nœud ordinaire, cela ressemblait à un nœud marin, un noeud de
"Matthew Walker". Un noeud de marin qu'il allait avoir du mal à défaire sans s'étrangler. Cette histoire inspira une création qu'il publia
ici.
Par Emile Zona
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Perché sur son plongeoir, Émile s’apprêtait à faire le saut de l’ange. Il avait profité de cette belle journée ensoleillée de Pentecôte, pour se rendre à la piscine municipale. Par 3 bonds
successifs sur la planche, il prit son envol, tel le saint esprit, les bras en croix, le corps cambré, hyperbole d’un mouvement sublime éphémère, s’élevant vers les cieux, cherchant une issue vers
le sommet, vers la liberté suprême inaccessible, joignant ses bras au dessus de sa tête, pour transpercer tel un javelot la surface bleutée de l’eau chlorée. Émile, sculpture vivante, incarnation
divine de l’art par essence, en osmose avec l’air, la lumière et l’eau, venait de s’estourbir le flanc gauche du visage, en frappant la surface de l’eau. Le pavillon de l'oreille
externe était douloureux et des acouphènes marins avec des cris de mouettes affamées survolant un chalutier avaient fait leurs apparitions, ce qui était auditivement gênant et au demeurant, assez
insolite, dans une piscine couverte.
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Emile se réveilla en sursaut avec la bouche sèche, comme s'il avait mâché du carton ondulé durant son sommeil. En raison d'une hypersensibilité allergène due aux pompons des platanes, son appendice
nasal congestionné par les sinusoïdes veineux, l'avait contraint à respirer par la bouche, ce qui avait généré des ronflements de pécari fébrile, pendant toute la nuit. Une nuit cauchemardesque,
où, perdu dans une forêt hostile et ténébreuse, il fut poursuivi par de grosses boules de poils allergènes. Il alluma son ordinateur, afin de raconter son étrange rêve dans son carnet électronique.
Il inhala toutefois, quelques gouttes vasoconstrictrices d'huile essentielle, à usage prophylactique, pour décongestionner ses narines obstruées. Son nez se déboucha lentement avec de petits sons
spongieux de muqueuse humide, quand soudain, sans retenue aucune, il éternua, tel un cheval morveux, sur son écran, devenu, de ce fait, illisible, à son grand désarrois.
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Grâce à son nouveau poste transistor PO-GO-FM et-PU,
PIZON BROS T1000FM de 1961 acquis pour une
misère lors d'un vide grenier, Émile pu à nouveau capter son émission préférée, diffusée sur France Culture du lundi au vendredi de 17h50 à 17h54 : « le regard d‘Albert Jacquard »
(télépodcastable).
Son vieux poste
OPTALIX TO323 MERCEDES de 1967 fonctionnait encore, toutefois, le bouton pour régler la
fréquence avait pris son envol un jour d'énervement, pour disparaître à tout jamais par la fenêtre. Aussi, régler la fréquence avec ses dents, pour capter « France culture » avec peine, devenait
une épreuve de longue haleine.
Ce jour-là, curieuse coïncidence, notre ami Albert nous parla des étincelles qui se formèrent, lorsque l'écossais Robert Symmer retira ses bas de soie noire, qu‘il avait enfilés lors d‘un deuil,
sur ses habituels bas de soie naturelle.
En revanche, aucune allusion sur une quelconque odeur de camembert ou de brie de Meaux affiné...Dommage!
Par Emile Zona
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Le tiroir à chaussettes était vide de son contenu. Emile décida d'enfiler celles de la veille, même si toutefois, ses récepteurs olfactifs décelèrent une odeur de brie de Meaux affiné, quelque
peu entêtante. Il prit les jambes à son cou, afin de ne pas rater l'autobus. Une journée particulièrement trépidante s'était écoulée lorsque qu'il fut de retour à son domicile, transi par une pluie
battante. Il fut surpris de trouver Alexandrine, sa voisine, sur le pas de porte, qui l'attendait: son lave-linge ne fonctionnait plus et son embarras était grand. Il accepta avec courtoisie de
jeter un œil à la machine défaillante. Aussi, comme Alexandrine venait de cirer le parquet, elle lui demanda d'ôter ses chaussures. Ce que fit Emile compréhensif. Puis, il la suivit en chaussettes
jusqu'au lave-linge, qu'il examina attentivement, avec une intense concentration. Alexandrine se demanda d'où pouvait bien provenir cette odeur de vieux camembert pourri.
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Un cil était tombé dans l'œil gauche d'Émile, son œil le plus performant. Ce poil recourbé qui chatouillait son globe oculaire, s'était dissimulé sous la paupière inférieure et le déloger de cette
niche humide relevait de l'acte chirurgical. Les doigts gourds d'Émile n'avaient pas cette dextérité qu'ont les artistes, réalisateurs de puzzles complexes, capables d'imbriquer les pièces, les
unes dans les autres, avec une célérité étonnante, aussi, son œil vitreux prenait une couleur purpurine des plus pourprée . Soudain, après maintes circonvolutions de la sphère oculaire, le cil
rebelle, fit enfin son apparition dans le caroncule lacrymal. Emile parvint à extirper le poil récalcitrant avec brio, habilement, à l'aide de son auriculaire salvateur.
Cette mésaventure lui inspira une œuvre, qu'il intitula, «
Follicule pileux nombriliste ».
Par Emile Zona
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Le temps maussade qui flottait au dessus de la ville, rendait Emile mélancolique. En rangeant son placard à balais, il retrouva dans une boîte à chaussures, son vieil harmonica diatonique à 10
trous « Spécial 20 A» . Afin de ressentir à nouveau cette sensation unique des hanches métalliques vibrer dans sa bouche, il plaça l'instrument entre ses lèvres, l'instrument du voyageur, celui que
tout aventurier de l'ouest pouvait loger dans sa poche, à côté de son colt, il prit une grande inspiration, positionna sa langue et souffla de tout son coffre. Les lamelles, ne vibraient pas aussi
bien que dans son souvenir et il manipula son souffle pour obtenir les notes manquantes, ce qui curieusement fit hurler à mort le chien du voisin d'en face, apparemment sensible aux notes de blues.
Il intitula son blues: « Dog ouah sonne blues ».
Par Emile Zona
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Il pleuvait des cordes. Emile était dans ses pensées. A l'abri de toute contestation, car elle ne peut être prouvée, ni observée, la mécanique quantique, nous ouvre les portes d'un domaine étrange:
"la théorie des cordes" ou "la théorie du tout", qui réunit toutes les forces de l'univers. Soudain, Emile aperçut par la fenêtre, Alexandrine qui venait d'arriver à bord de son auto. Il devait
saisir cette opportunité et lui offrir l'abri d'un parapluie en bon gentleman qui se respecte. Il se hâta de descendre l'escalier quatre à quatre, il courut vers la belle dans un élan précipité,
tel un pécari attiré par un gisement de truffes et trébucha par inadvertance sur une corde à linge, arrachée par le vent et mise en travers de son passage. Il s'étala de tout son long devant l'auto
d'Alexandrine qui fut surprise de le trouver à ses pieds. Couvert de boue, il lui adressa un sourire crispé, il aurait voulu être ce point , dans l'infiniment petit, au delà des quarks, un brin
d'énergie en oscillation, comme une cordelette fragile et invisible....
Par Emile Zona
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Les 20 hexagones et les 12 pentagones que composaient un ballon de football, étaient une structure sphérique qu‘Emile avait détaillée de longues heures durant son enfance. Aussi, lorsqu'un ballon,
échappé du carré de jeu, avec lequel une bande d'enfants s'amusait, arriva dans ses pieds, il ne put retenir l'envie d'y shooter, avec tout l'élan affectif que lui procurait cet agréable souvenir,
de la formule d'Euler jusqu'aux fullerènes C60 d'Harold Kroto.
La sphère de cuir, impactée par le pied droit d'Emile, partit tel un boulet de canon, à l'opposé de l'endroit où se trouvait le terrain de jeu, pour aller se coincer dans les branches d'un
sapin, un
Abies Balsanea à première vue . Émile s'éclipsa benoîtement, en sifflotant, sous la colère et les huées des enfants mécontents.
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Emile avait acheté quelques œufs de Pâques en chocolat pour les offrir à Alexandrine sa voisine. Adolescent, un œuf décoré, lancé violemment par un enfant mal intentionné, lui avait explosé en
pleine face et ce souvenir gluant sur son visage pubère, le marqua à jamais. De ce fait, il ne partageait pas l'hystérie collective que suscitait cette tradition chrétienne, célébrée le dimanche
après le 14ème jour du premier mois lunaire du printemps, calculée avec précision à l'aide du comput de Bède le vénérable.
Il s'apprêtait à prendre la corbeille d'œufs en chocolat, posée sur la table de la cuisine, quand il s‘aperçut avec stupeur qu'un rayonnement solaire, venu frappé la corbeille durant quelques
minutes, suffit à faire fondre les œufs. Son désarroi fut grand. Il se tappa le front en se traitant de pauvre cloche.
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Emile s'était habillé à la hâte ce matin-là. Le slip qu'il avait enfilé avait certainement dû rétrécir au lavage car un testicule s'en était échappé malencontreusement, le mettant dans un inconfort
certain, si bien qu'il eut une appréhension à accepter cette place assise dans l'autobus, concédée par une aimable dame du troisième âge à la courtoisie extrême. Il ne put retenir une grimace de
douleur, en posant ses fesses sur le fauteuil, ce rictus involontaire qui pouvait passer pour du dédain, interpella la vieille dame qui maugréa sur le manque de politesse de la jeunesse actuelle et
lorsqu‘Emile ajusta son appareil génital, celle-ci fut vraiment outrée.
Par Emile Zona
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